Les monstres ça fait peur la nuit

  L’ATELIER DANS LA COUR

premier exposition avec N’Bo (Natacha Bouvier)

Dans une exposition à voir et à vivre, Fabien Ansault apprivoise pour nous les monstres qui hantent la nuit humaine. Il rappelle à la mémoire du grand prédateur : l’homme que celui-ci eut d’abord à fuir et à se cacher parce qu’il fut premièrement une proie. Comment expliquer sinon la fascination pour l’os et les plumes, les crocs et les griffes, la carnivorie et ses restes ? Pourquoi alors l’invincible tremblement de la chair quand le loup hurle dans les histoires racontées le soir ? Pourquoi cette inquiétude dans la forêt d’entendre le piétinement des bêtes et leurs cris qui donnent l’envie irrépressible de courir ? Et cette panique qui naît chez les petits quand l’ombre des arbres s’allonge l’hiver et qu’ils doivent rentrer seuls ?

Geste de sculpteur autant que de shaman, le travail de Fabien Ansault convoque les monstres qui au fond de nos mémoires et de notre imaginaire témoignent de notre condition archaïque : l’être humain fut faible et fragile, tremblant à la lisière de la vie et de la mort, dans le froid d’une première aube, offert à la faim des grands carnassiers. Pas seulement les enfants mais tous ceux  qui se réveillent en sursaut la nuit, éclairant brusquement la chambre, faisant reculer l’ombre, le savent et s’en souviennent.

Dans leur regard halluciné parfois des formes s’attardent. Ce sont ces fantômes que Fabien Ansault capture, fossiles de nos peurs les plus anciennes. Vestiges très réels d’un immémorial passé. Ces traces dérobées qu’il habille de bois et d’os, de plumes et de fer, évoquent des trophées de chasses barbares, ou des titans en armures dont les squelettes blanchissent sur des champs de batailles oubliés. Ici un samouraï hiératique gardant la porte des royaumes combattants. Là un serpent à plume, dont les vertèbres décorés s’enroulent autour d’un totem. Le spectateur stupéfait ralentit, arrêté par ce regard d’amour et de mort. La prédation est une hypnose, une transe morbide et érotique dont les reptiles ont fixé de la manière la plus simple et la plus précise le rite. D’une beauté étrange et fatale, les monstres prédateurs ou guerriers, nous rappellent que la mort pour les êtres de chair est souvent une affaire violente.

Mais la grand tuerie des prédateurs s’est achevée au commencement de notre ère. C’est désormais en maître que l’homme, seigneur des chasses, règne sur une faune subjuguée et docile. C’est pourquoi les sculptures de Fabien Ansault sont aussi des reliquaires d’un monde disparu, un mémorial pour les grands fauves de jadis. Nous frémissons d’une condition qui n’est plus la nôtre, il est bon d’en ressentir la peur afin d’en retrouver l’antique humilité. L’artiste shaman appelle les monstres mais  aussi par la beauté plastique dont il les pare, sait leur rendre un culte. L’esprit de la bête morte ne doit pas revenir, il ne doit pas hanter le territoire des vivants. Le shaman fait offrande de son corps pour demander le pardon du clan meurtrier. Le totem est un autel propitiatoire.  Nous n’adorons les prédateurs monstrueux que parce que nous les avons impitoyablement tués. Ainsi se trouve exposée la cause secrète, inavouable, maudite du sacré : le massacre.

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A propos Fabien Ansault

Fabien Ansault Architecte d’intérieur et designer graphiste, diplômé en Arts Appliqués de l’ Ecole Duperré de Paris. Peintre, dessinateur et sculpteur et plasticien, il travaille en Côte d’Or, à Chamesson, où il est installé depuis 2002. Il crée en 2005 l’association « les z’uns possible » qui organise et présente les travaux d’artistes de différentes familles d’arts dans son atelier/galerie. Collectionneur d’objets et de reliques, il compose son cabinet de curiosités autour de crânes d’animaux, de vieux outils et objets hétéroclites. Depuis 2007, il assemble et compose ses « totems ». Un travail singulier, évolutif, qui mélange les matières et matériaux pour produire des reliquaires, sculptures, totems, dans un esprit baroque et avec une touche d’humour. Série de peintures de natures mortes d’animaux avant leur consommation par l’homme ainsi que des vanités (techniques mixtes photos-peinture) et autres réflexions en peinture et en dessin sur une deuxième vie à donner aux objets et aux choses mortes (un continuum dans son œuvre). Travail sur des installations à thème (cf. « la boucherie humaine »).